La Principauté de la Nouvelle-Antioche
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Depuis plus de trois cents ans, la principauté de la Nouvelle-Antioche se dresse d’un air de défi. Centre d’attention de l’Église et des Fidèles, elle se tient à l’orée même de l’ombre que projette la Porte de l’Enfer. Foyer de Tous Nos Espoirs, rempart contre les forces hérétiques, première défense contre la puissance du Diable : si la Nouvelle-Antioche devait tomber, tout le Levant serait perdu. La guerre n’a jamais quitté ce recoin du monde. Une arme démoniaque mystérieuse rasa l’antique cité d’Antioche en 1545, mais les Fidèles n’abandonnèrent jamais leurs positions dans les ruines. Malgré l’essence démoniaque qui émanait du cratère laissé par l’attaque, la garnison tint bon, alors même que la puissante Constantinople tombait face aux légions de Kimaris, marquis de l’Enfer. Avant sa destruction, l’antique cité d’Antioche constitua toujours la première ligne de défense contre les forces hérétiques. Ainsi, sans surprise, le congrès de l’Épée de Vienne décréta en 1559 la reconstruction et la fortification de la ville, et il ordonna à chaque nation des Fidèles de verser un impôt annuel à la Nouvelle-Antioche. Cette levée prend rarement la forme de pièces ; à la place, une infinité de trains d’approvisionnement contenant vivres, ouvriers qualifiés et ingénieurs traversent l’Europe et la Méditerranée, ainsi que les territoires africains, pour gagner la cité. Maintenir les voies de ravitaillement constitue un jeu du chat et de la souris permanent, qui voit les infiltrés et les pillards des Hérétiques harceler les caravanes et les navires auxquels la principauté doit son existence. La Nouvelle-Antioche s’est développée pour devenir la cité fortifiée la plus importante du monde, qui sert aussi bien d’Épée que de Bouclier à l’Europe et à l’Afrique. Les princes de l’Église et les dirigeants des domaines opposés à l’Enfer comprennent qu’il vaut mieux combattre les Hérétiques loin de leurs propres terres. Jusqu’à ce jour, la Nouvelle-Antioche a soutenu huit grands sièges, et ses fameux remparts, avec leurs soixante-dix-sept tours formidables, n’ont connu aucune brèche. La cité le doit en partie à ses centaines d’anachorètes, des sanctuaires de bataille métalliques dans lesquels sont inhumés des fanatiques, avant qu’on les enchâsse dans les murailles pour qu’ils surveillent attentivement les environs nuit et jour. Surtout, ce sont les volontaires se ralliant sous la Bannière du Christ qui assurent la survie de la principauté. Les rues de la Nouvelle-Antioche résonnent de centaines de langues et de dialectes. Des hussards polo-lituaniens frôlent les derniers vestiges de la garde varègue. Dans le même temps, des prêcheurs des rues venus d’Éire exhortent des soldats d’Abyssinie à donner leur vie pour la cause. On peut même apercevoir la procession solennelle des Ingénieurs ecclésiastiques qui transportent leur dernière invention pour que les troupes la testent au front. Tout cela se déroule sous l’œil vigilant de l’Office de la Propagation de la Vertu, qui patrouille inlassablement les rues. S’ils ferment volontiers les yeux sur les excès des soldats, ses agents persécutent avec une férocité implacable la moindre déviation par rapport à la doctrine de l’Église. L’exécution des hérétiques est un spectacle hebdomadaire qui attire des foules immenses. Les usines crachent de la fumée noire, et des chars flambant neufs sortent des ateliers. Jour et nuit, les fonderies rougeoient d’un flot ardent de métal en fusion pour maintenir à force maximale les bataillons d’artillerie qui font la fierté et la joie de la Nouvelle-Antioche. L’Église, dans les technolaboratoires de la cité, s’acharne à créer des Communiants surhumains, qui tirent leur puissance de la chair et du sang clonés du Rédempteur. Chaque année, des milliers d’ouvriers sacrifient leur vie dans d’horribles accidents et se tuent à la tâche, écrasante. D’imposants monuments en l’honneur de leur abnégation se dressent dans toute la ville. |
Malgré tous ces préparatifs, la triste réalité veut que la Nouvelle-Antioche ne puisse jamais soutenir un assaut total de la part des forces hérétiques combinées. La principauté doit uniquement son salut au féroce et sanglant conflit interne qui divise les diables. Les archidiables et les princes de l’Enfer ne cessent de se prendre le bec et de comploter les uns contre les autres. Il est rare que l’un d’entre eux conserve assez longtemps une place dominante pour monter une invasion à grande échelle. La guerre s’étire sur des siècles, avec des décennies de pause désagréable entre deux grandes batailles, et pourtant, l’immortalité des dirigeants de l’Enfer les pousse à considérer qu’elle commence à peine. Ces êtres existaient avant même le temps et ils veulent savourer l’agonie des mortels qui périssent par millions. La Grande Guerre fait donc toujours rage, marquée par de longues années de silence, que brisent des assauts aussi furieux que soudains. En tant que commandant suprême nominal de toutes les forces armées fidèles, le titre de Duc de la Nouvelle Antioche est d’un prestige et d’un honneur inégalés. Toutefois, malgré leur serment d’allégeance au Duc, les troupes venues de toute la Chrétienté combattre l’Enfer, opèrent en réalité au sein de formations autonomes, sous l’autorité de leurs propres chefs. Il convient de noter que certains soldats renoncent à leur citoyenneté, prennent la croix et viennent servir exclusivement sous la bannière du duc Constantin. Ainsi, l’armée permanente de la Principauté constitue la plus grande force combattante que les Fidèles puissent rassembler, et ceux qui servent sur les remparts de la Demeure des Espoirs portent leurs couleurs avec une fierté légitime. Au cours des dernières années, le duc a envoyé de petites forces dans le paysage torturé du No Man’s Land, l’étendue désolée qui sépare la Nouvelle-Antioche des domaines des Hérétiques. Là, leurs membres cherchent à obtenir des renseignements ou des artefacts redoutables, à mener des raids contre les forces hérétiques, à conquérir des places fortes stratégiques et à piller les champs de bataille pour y trouver des richesses monétaires ou militaires perdues depuis des siècles. Ces bandes, à qui le duc se contente de déléguer son pouvoir en la matière, doivent lever leurs propres fonds et rassembler leurs propres forces. L’attrait de reliques sacrées, de vastes richesses et d’un renom mondial assure que les chefs ambitieux prêts à tout risquer dans le creuset de la guerre ne manquent pas. Face à une compétition rude pour le butin, le ravitaillement, les artefacts et les informations, ces bandes échangent souvent des coups non seulement avec les forces hérétiques, mais aussi avec des factions rivales et des Pèlerins des tranchées déments. La Grande Guerre recommence. |