Domus Demetrius

Jusqu’aux dernières années du XVIe siècle, les corps des morts au combat étaient pour la plupart laissés sans sépulture sur le sol imbibé de sang où ils étaient tombés. Mais cela changea lorsqu’il devint évident que les Légions Hérétiques déployaient de grands efforts pour récupérer les dépouilles  de ceux ayant prêté serment à l’Église. Le Synode de la Prophétie Stratégique conclut qu’ils étaient transportés en Enfer à des fins trop atroces pour être envisagées, et le Conseil des Saints fut ainsi prié d’envoyer l’un des légendaires Paladins en Enfer afin de découvrir quelles perversions impies étaient à l’œuvre.

On raconte que le paladin Gérin se fraya un chemin à travers l’Enfer jusqu’aux portes mêmes de Dis avant de revenir au Castel Sant’Angelo pour rapporter ses découvertes. Ce qu’il révéla n’a jamais été consigné, mais peu après fut institué l’Ordre Démétrien de Récupération afin de recouvrer autant de corps que possible sur les lignes de front.

Ces restes furent transportés le long de ce qui devint connu sous le nom de « Rails des Cadavres », en raison des traînées visqueuses de fluides corporels qui témoignaient du passage de ces convois funèbres. Compte tenu de la violence des combats, les petits dépôts funéraires furent rapidement submergés, et une structure bien plus vaste fut construite en 1809 pour abriter et traiter les morts : le Domus Demetrius.

Connue familièrement sous le nom de « Grange des Corps », c’est une immense structure à l’allure sinistrement industrielle, érigée sur les ruines d’une ancienne forteresse des chevaliers templiers dans les montagnes de l’Amanus, elle-même construite sur une forteresse byzantine qui avait été rasée par le Grand Empire seldjoukide avant l’ouverture de la Porte infernale de Jérusalem.

Le Domus Demetrius est un complexe tentaculaire de gigantesques structures à ossature de fer, rempli de grues à cadavres, de rangées interminables de silos d’embaumement vertigineux et de vastes zones de stockage de cercueils et de sacs mortuaires. Lorsque les corps des défunts arrivent, ils entrent par le Grand Exonarthex, qui abrite le colossal Ciborium Demetrius, une structure à colonnes censée contenir les restes terrestres de saint Démétrius, l’un des nombreux saints guerriers veillant sur les soldats tombés.

Une pluie perpétuelle ruisselle sous le Ciborium,  il pourrait ne s’agir que de puissantes solutions désinfectantes, mais l’odeur intense de myrrhe pousse beaucoup à croire qu’il s’agit du corps du saint purifiant ceux qui passent sous lui en préparation de leur voyage vers le Ciel. À l’intérieur, les défunts sont traités avec une grande révérence par les moines démétriens, qui récitent les paroles du Corpus Benedictionis afin de les rendre inutilisables pour l’Enfer. Une fois leur purification achevée, les corps sont expédiés vers les grottes mortuaires de Crète dans des cargos rouillées qui coulent fréquemment avant d’atteindre leur destination.

Ces dernières années, alors que la guerre contre l’Enfer s’est intensifiée, les ressources nécessaires au maintien du Domus Demetrius ont été largement redirigées ailleurs. Bien que les Rails des Cadavres fonctionnent toujours, apportant un flux ininterrompu de morts, la capacité des moines à les traiter a fortement diminué, au point que les amas croissants de corps s’apparentent désormais à de véritables montagnes. Les plus grands de ces amas pressent contre le toit de la structure, à plusieurs centaines de mètres au-dessus des dalles couvertes de sang.

Des rumeurs persistantes évoquent que des hordes voraces de charognards ont pénétré les souterrains oubliés des anciennes ruines sur lesquelles l’installation fut construite, creusant leur chemin jusqu’au cœur des montagnes de cadavres pour dévorer lentement les morts de l’intérieur. Les moines démétriens nient avec véhémence ces affirmations, en pointant les portes de fer immuables portant d’antiques sigils du Sultanat qui scellent les catacombes. Ce qui se trouve au-delà de ces portails demeure inconnu, mais personne en poste ici ne semble pressé de le découvrir.