La cour du Serpent à Sept Têtes
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Des panaches éternels de fumée corrosive et puante saillent de la maudite cité de Fer de Dité. Le conseil de guerre infernal siège au sommet de son donjon noirci et parcouru de hurlements. Il rassemble les sept plus fourbes, rusés et diaboliques des archidiables en existence, qui forment la dénommée cour du Serpent à Sept Têtes. Chacune de ces Têtes incarne l’un des sept péchés capitaux ; ensemble, leurs décrets façonnent le cours de la Grande Guerre, et elles supervisent l’incessante campagne contre la Création terrestre, en plus de commander à toutes les forces infernales au service de la hiérarchie. Dans les politiques changeantes, traîtresses et tordues de l’Enfer, même les plus puissants diables conservent rarement longtemps leur siège au conseil de guerre de la cour. Des bandes de démons attelés réduits en esclavage érigent des statues imposantes représentant les Têtes du Serpent, à savoir la Colère, l’Envie, la Luxure, l’Orgueil, la Paresse, la Gourmandise et l’Avarice. Ces œuvres finissent juste abattues et désagrégées quand de nouveaux seigneurs diaboliques se fraient un chemin jusqu’au pouvoir à coups de griffes, en piétinant leurs rivaux. La hiérarchie de la cour est tout sauf stable. Une multitude de prétendants envieux complote contre les Têtes du Serpent, et chacun s’efforce de s’emparer d’une place pour revendiquer la gloire et le prestige d’une position si noble. On raconte que seul Mammon a réussi à conserver presque sans conteste les rênes du pouvoir en tant que Tête d’Avarice du Serpent depuis le début de la Grande Guerre. Les autres sièges ont vu un défilé déroutant de ducs, de marquis, de margraves, de barons, de suzerains, de princes, de seigneurs et de dames, de comtes et d’innombrables autres nobles de haut rang s’élever avant de chuter dans leurs machinations éternelles pour l’influence et le pouvoir. Ce cycle incessant d’ascension politique suivie d’une ruine totale se reflète parmi leurs adeptes humains sur Terre. À son tour, la force d’un démon enfle et diminue avec le nombre de disciples mortels qu’ils peuvent corrompre à leur cause. Le conseil opère au vote majoritaire, qui se décide souvent avec une marge infime. Il en faut peu pour qu’un prince ou une princesse de l’Enfer amasse assez d’ennemis pour qu’ils le destituent, lui arrachent ses ailes et lui volent son pouvoir. Jetés à bas, les déchus doivent à nouveau se tailler leur chemin hors des profondeurs, les railleries de leurs rivaux piquant comme du poison. Belzébuth, quoique plus puissant diable de la Gourmandise, méprise la place qui lui revient de droit à la cour : il préfère en effet mener sa guerre contre la Création à l’aide de son Graal noir. Son siège reste donc vacant, et les anges déchus inférieurs se querellent pour le droit au Trône de la Faim. |
Sur ordre de la cour, des bandes se rassemblent à la porte de l’Enfer et se tiennent prêtes à partir affliger le monde. Des démons attelés se mobilisent sous la bannière de leurs préteurs ou de leurs sorciers. Les formes brisées des chevaliers infernaux sont enfoncées de force dans leur armure. Ils émergent des tombes enflammées où, quand ils ne participent pas à l’effort de guerre, leur corps gît, écrasé par une pierre tombale de basalte noire massive qui ne cesse de tourner. On fait s’avancer les saints profanés, qui servent d’autels de guerre impies, car leur présence même corrompt et pervertit le paysage qu’ils traversent. Des nuées de sauterelles de la Fosse devancent les bandes. Le fracas de leurs ailes annonce l’approche de la Cour, et leur piqûre venimeuse laisse des brûlures qui ne guérissent pas. Quand des présages meurtriers salissent le ciel ardent de l’Enfer et que les étoiles noires s’alignent, un chasseur de la voie de la Main gauche se joint à une bande, et ils émergent de la Bouche de l’Enfer. La plupart des bandes marchent derrière les Pitoyables, des esclaves mortels de la cour, que les démons attelés fouettent sans pitié pour qu’ils avancent. Ils progressent vers la Grande Guerre au son d’une musique joyeuse et triomphante que jouent des mains invisibles. Elle résonne dans l’air, car prendre part à l’une de ces chasses est vu comme un grand privilège au sein du Shéol. |