Le sultanat du Mur de Fer
Au nom d’Allah, le Compatissant, le Miséricordieux ! Loué soit Allah, le roi bienfaisant, le Créateur de l’univers, Seigneur des Trois Mondes, qui plaça le firmament à sa place sans piliers et qui aplatit la Terre comme un lit ; et que la grâce, que les Prières-Bénies soient sur Notre Seigneur Mahomet seigneur des apôtres, et sur Sa famille et Ses compagnons de voyage ; prière et bénédictions qui perdurent et la grâce qui jusqu’aux jours funestes demeurera.
Gloire au Grand Sultan, Padishah de Rûm, commandant des Fidèles et successeur du Prophète du Seigneur de l’Univers, gardien de l’invincible Mur de Fer des Deux Cornes qui percent le ciel, lequel nous protège des ravages de Gog et Magog !
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Quand les Infidèles ouvrirent la trois fois maudite Porte du Jahannam, libérant Gog et Magog sur Ceux qui Croient, tout sembla perdu, et l’on pensa que Shayṭān triompherait du Dunya. Le Créateur de l’univers vint cependant en aide aux Croyants et, comme il était écrit, le grand mur de fer de Dhû-l-Qarnayn se manifesta seul sur les terres du sultan de Roum. On envoya un appel à Ceux qui Croient vertueusement, et au fil des décennies suivantes, l’Europe, l’Asie et l’Afrique virent la migration de tous les Croyants, que seule dépasse l’hégire du Prophète en personne. Des millions périrent sur la route et en mer, car les Hérétiques et leurs seigneurs de Shayṭān déferlèrent sur eux comme les sauterelles déferlent sur des champs de sésame mûr. Ils les dévorèrent et élevèrent d’ignobles monuments et statues avec leurs membres et leurs têtes afin qu’on ne puisse pas les enterrer comme le décrètent les textes sacrés. Pourtant, quand le dernier survivant finit par arriver, les colossales portes de Dhû-l-Qarnayn se fermèrent, et le Grand Sultanat de l’invincible mur de fer des deux cornes perçant les cieux naquit. Les assauts des esclaves du Jahannam contre le sultanat n’ont depuis jamais cessé. Chaque jour, on pleure de nouveaux martyrs qui protègent le Mur et affrontent les Hérétiques venus abattre ses défenses. À l’intérieur des murs, des savoirs perdus se développent et, depuis des mosquées de marbre blanc et or, les muezzins appellent les Croyants à prier pour l’armée du sultan, qui lutte pour préserver les terres derrière le mur et sécuriser les pistes de caravane fournissant au sultanat des marchandises vitales. Le Mur de Fer constitue le plus grand ouvrage défensif au monde, un gigantesque rempart orné de la fameuse artillerie du sultan. Des tireurs de précision azabs se tiennent prêts, l’œil toujours ouvert pour repérer les attaques surprises. Les régiments de janissaires d’élite disposent, à intervalles réguliers, de baraquements proches du Mur, de sorte qu’ils puissent répondre sans tarder à toute attaque. En cas d’incursion plus grave, on appelle tout un rassemblement d’Azabs, et la maison de la Sagesse déchaîne ses terrifiantes créations du Takwin sur l’ennemi ; et lors d’une situation vraiment désespérée, le Sultan en personne s’avance. Ses janissaires l’accompagnent au combat, en transportant devant eux le drapeau vert du Prophète. |
La protection du Mur de Fer a exercé une grande influence dans l’art de la guerre du sultanat. Les Azabs conscrits savent de manière experte feindre une retraite et livrer une escarmouche ; les bondissants Lions de Jabir, eux, harcèlent les flancs adverses. De son côté, la superbe artillerie du sultan bombarde sans interruption l’ennemi. Celui-ci progresse de manière tortueuse sur le champ de bataille, car des pièges installés par de talentueux sapeurs du génie le parsèment. Quand les Hérétiques atteignent enfin les rangs des vertueux, les janissaires, les gardes d’élite du sultan, fondent sur eux et les achèvent avec une contre-charge dévastatrice menée par leurs officiers à la détermination de fer. De redoutables assassins d’Alamut rôdent dans les vents du temps pour frapper les élites et les chefs ennemis, pendant que les alchimistes de la maison de la Sagesse libèrent des armes destructrices que leur maîtrise élémentaire a rendues mortelles et capables de percer les défenses de toutes les cibles ou presque. Au-delà du Mur de Fer, les forces du sultan opèrent en petites compagnies mobiles, avec chacune une mission à accomplir : elles chassent les apostats partis servir Shayṭān, recherchent des reliques de l’époque des prophètes ou tentent de retrouver des trésors perdus et des livres de connaissances dans les ruines de califats tombés. Malgré l’existence d’un accord entre l’Église et le sultanat, les commandants de ces expéditions ne tolèrent aucune interférence et n’hésitent pas à écraser quiconque gênerait leur mission. Le ressentiment contre les Infidèles qui libérèrent Gog et Magog est profondément ancré dans le sultanat, et les questions d’honneur se résolvent bien vite avec des duels à mort. Malheur à celui qui osera perturber la mission de Ceux qui Croient. |